09 juillet 2010
DE VOUS A MOI : Forfaitures d’ici et de là-bas
In le Nouveau Courrier N°040 du 09 Juillet 2010 par Théophile Kouamouo
La coïncidence est piquante. Alors que le Parlement français débat avec humeurs et fureur de «l’affaire Woerth», du nom du ministre du Budget et trésorier de l’UMP (parti dont est issu Nicolas Sarkozy), l’Assemblée nationale ivoirienne statue, avec rage et fracas, sur «l’affaire Tagro» et autres joyeusetés. Les deux contextes se ressemblent. Là-bas, un membre du gouvernement est accusé d’avoir soumis l’intérêt national à celui de son parti, en «protégeant» une milliardaire de son pays en indélicatesse avec le fisc. Une milliardaire qui «arroserait » les pontes de son bord et aurait financé la campagne de Nicolas Sarkozy. Ici, le ministre de l’Intérieur est aussi accusé d’avoir soumis les intérêts de la Nation à ceux d’un clan, en faisant du favoritisme dans le cadre du concours d’accès à l’école de police. Entre autres, la justice enquête sur des commissions occultes qu’il aurait reçues, selon des titres de presse, dans le cadre du marché de l’identification électorale.
En France comme en Côte d’Ivoire, l’attitude de la classe politique – particulièrement celle des partis au pouvoir – par rapport à ces controverses est profondément décevante. L’on observe, à travers les écrans de télévision ou les comptes rendus de la presse, des élus complètement habités par un esprit profondément clanique, prêts à tout pour soutenir le «camarade» – y compris en trahissant les mandants qui les ont mis là où ils sont. Les temps que nous vivons font le lit des partisans des coups d’Etat ici, et celui des leaders d’extrême-droite là-bas.
Alors, tel colonisateur, tel colonisé ? Peut être. Mais au-delà du constat anecdotique de ce parallèle, il serait temps pour nous, Africains, de réfléchir à la nature de la responsabilité historique de nos hommes politiques contemporains, y compris par rapport à celle de leurs «collègues» occidentaux. La corruption est une plaie mondiale, et une grande partie des corrupteurs sévissant dans nos contrées sont des Occidentaux ou du moins des porte-valises des Occidentaux. Mais de l’autre côté de la Méditerranée ou de l’Atlantique, la corruption est en grande partie une question morale. S’ils peuvent dénoncer leurs politiciens, qui profitent de leur position pour se servir au lieu de servir, les citoyens des pays du Nord, dans leur majorité, jouissent d’un système social qui a été mis en place grâce aux sacrifices de générations entières. Ils peuvent travailler et vivre de leur travail, se soigner et compter sur une espérance de vie moyenne de plus de 70 ans pour espérer voir leurs petits-enfants sauter sur leurs genoux au soir de leur vie. Si le piston et les magouilles existent sous ces contrées, elles n’ont pas colonisé toute la société, et il est encore possible là-bas de réussir sans «connaissances». La grande majorité des nôtres vit sur une toute autre planète. Un pourcentage terrifiant de jeunes Africains connaît les affres du chômage. Des jeunes qui ont l’humiliation quotidienne pour compagne. Se projeter dans l’avenir, songer au mariage et à leurs vieux jours est un luxe. Leur espérance de vie est de moins de 50 ans, et ils le savent. On ne peut pas nier que le mode de fonctionnement de notre société, qui délaisse les grands rêves collectifs pour les petits profits égoïstes tirés de la corruption, est un des principaux responsables de cette tragédie muette.
Chez nous, la corruption n’est pas qu’une question de morale, ou de politique. Elle est une grande tueuse, aussi nuisible que le sida et la grande criminalité. Si l’on transformait les milliards de dollars d’argent public planqués en Suisse durant nos cinquante années d’indépendance en usines et en infrastructures sanitaires et routières, à quoi ressemblerait la Côte d’Ivoire ? Si l’on s’était moins laissé aller à la culture du favoritisme, à quoi ressembleraient nos services publics, quels seraient nos standards moraux ? Serions-nous en train de courir après une vraie cohésion sociale, en lieu et place des rancœurs cumulées dont nous sommes prisonniers ?
Autant on a le droit de défendre le principe de la présomption d’innocence lorsqu’une personnalité de premier plan est mise au banc des accusés, autant il est malheureux de se vautrer dans les profondeurs de la politique politicienne à l’occasion des débats sur ce type de questions. D’autant plus que, dans le cas spécifique de la Côte d’Ivoire, le peuple sait, notamment parce que le chef de l’Etat, le dénonce, que des choses peu reluisantes se passent lors des concours d’entrée dans les écoles ouvrant droit aux emplois publics.
Les parlementaires FPI et les dignitaires de ce parti ont tout à fait le droit de s’opposer à la mise en place d’une Commission d’enquête parlementaire à ce sujet. Mais la manière dont ils s’y sont pris, les excès dont ils se sont rendus coupables ou qu’ils ont encouragés, la nature de leurs arguments, leurs indécents cris de victoire avant hier à l’Assemblée nationale, ne sont pas à la mesure des enjeux historiques auxquels la Côte d’Ivoire et l’Afrique, humiliées au quotidien, font face.
21:30 Publié dans Editorial | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : de vous à moi, forfaiture, d’ici, là-bas, ump, nicolas sarkozy, assemblée nationale, parlement, français, milliardaire











Commentaires
Très bon papier? Théo! Après cet amusement de la dernière fois, je me suis posé la question de savoir à quand notre affranchissement de ce système pourri . A quel type de personne accorder nos voix lors des prochaines joutes électorales?
Écrit par : der beste | 13 juillet 2010
Disons les gbês à ces misérables, il pensent que nous sommes bêtes, c'est pas eux. nous on cotise, eux il mangent, Dieu les voit, un jours ils vont avoir constipation.
Tant qu'on le pourra, disons la vérité à ces trafiquants.
que Dieu sauve la jeunesse africaine de ces dirigeant qui se soucient de leur ventre au détriment du bien être de tous
marcel gbê
Écrit par : gbê | 19 juillet 2010
Les commentaires sont fermés.